N'oublions pas quelle différence de taille et de moyens sépare les trois constructeurs, et que les quelques podiums obtenus ne sont qu'un bien maigre résultat pour les milliards de Yen investis. L'argent ne fait pas tout, les japonais sont bien plus à leur aise dans le 4 cylindre en ligne.
Sans bénéficier de la puissance financière et industrielle du premier constructeur de deux-roues du monde (Honda...), Ducati SpA est toujours championne du monde de Superbike depuis presque une décennie. Belle performance pour ce qui demeure un petit constructeur " de niche " défenseur d'une architecture moteur originale.
Et d'ailleurs, pourquoi mon prototype s'appelle-t-il Desmono?
Parce que Des[modromique] mono[cylindre] !
Desmono, comme son nom l'indique, est un monocylindre artisanal sur base de Ducati à culasse desmodromique. Oui, je le précise, parce que quelques machines (monos et 860gt entre autres) ont été dotées pour des questions économiques de culasses à rappel de soupape conventionnel.
La gamme des sportives Ducati, rappellons-le, peut être séparée en deux groupes selon que les moteurs sont à deux ou quatre soupapes par cylindre. On parle de DesmoDue pour les culasses à deux soupapes, très majoritairement à refroidissement par air (sauf les Paso et ST2) et de DesmoQuattro pour les culasses à quatre soupapes, toutes à refroidissement liquide.
Entre les origines et les années 1970, Ducati a produit des mono-cylindres en 125, 250, 350 et finalement 450cc puis s'est consacré exclusivement aux bicylindres en L si l'on oublie (volontairement) une facheuse série de bicylindres en ligne face à la route. La production des monocylindres Ducati subissait une éclipse totale depuis presque 25 ans quand est arrivé en 1994 une véritable bombe : le Supermono.
J'ai été subjugué par la beauté de cet engin, commercialisé à exactement 66 exemplaires. Cette production n'a jamais eu de suite, par manque de conviction du constructeur dans ce modèle fruit de l'imagination du génial ingénieur Massimo Bordi.
Riche des acquis des desmoquattro à injection et refroidissement liquide (851, 888 puis 916), le Supermono présentait des caractéristiques exceptionnelles: une puissance de 70 Cv et un poids de seulement 118 Kg, des carters en magnésium, une profusion de carbone, le démarrage à la poussette... Tout était pensé dès le départ pour doter cette machine des meilleures performances du monde dans sa catégorie. Mais surtout, le système d'équilibrage à balancier oscillant imaginé par Bordi avait permis pour la première fois d'équilibrer statiquement et dynamiquement un mono-cylindre. Ce moteur était capable de prendre 10.000 t/min (oui, dix mille !) avec une cylindrée unitaire de 550 (30 exemplaires) ou 570cc (36 exemplaires) et un alésage de 100mm...
Des chiffres qui laissent rêveur, et qui permirent au Supermono d'écumer toutes les épreuves réservées aux mono-cylindres dans lesquelles il était engagé.
Las! La nature exceptionnelle et la rareté de cet engin l'ont rapidement fait passer du statut de machine de course à celui d'objet de spéculation, et si quelques rares exemplaires tournent encore aujourd'hui pour notre plus grand plaisir en catégorie Euromono, les autres, négociés aux alentours de 250.000 FF, ne connaissent plus comme circuit que les vitrines de quelques concessionnaires Ducati ou collectionneurs fortunés.
Pourtant, j'aurais bien voulu me trouver un Supermono, un mono-cylindre Ducati de circuit affuté au maximum, sans compromis, exceptionnel... Bien au dessus, il faut bien le dire, de mes capacités de pilote très moyen, mais aussi beau à l'extérieur qu'à l'intérieur, et motivant comme une très belle femme... Ce n'est pas moi qui l'ai dit le premier!
J'ai donc décidé en juillet 2001 de passer outre les sarcasmes de quelques connaissances et de me lancer dans le développement artisanal d'un mono-cylindre sur base Ducati desmoquattro, comme le Supermono original. Il me fallait trouver la base, et la relative abondance de pièces de 748/9xx sur le marché de l'occasion a rapidement orienté mon choix.
Je le concède, il aurait mieux fallu trouver des pièces de 888 (ou de Mostro) et commencer la construction sur cette base, mais la difficulté de trouver un chassis et un moteur potables m'ont rapidement dissuadé de partir dans cette direction. Avec le recul, et vu le total des pièces achetées, la solution de l'achat et du déshabillage d'une 888 d'occasion aurait été préférable ! Mais l'excitation de la construction et de la conception " a la volée " aurait été bien moindre.
Desmono est donc un monocylindre desmoquattro, réalisé sur la base d'une 748/9xx amputée d'un cylindre! Il en reprend les traits généraux: cadre treillis, monobras arrière, culasse 4 soupapes, refroidissement liquide et injection électronique.
Me voici donc maintenant embarqué dans l'aventure un peu dingue qui consiste à convertir une 748/9xx achetée en pièces en REPLIQUE FONCTIONNELLE d'un des plus fabuleux mono-cylindres de circuit qui ait jamais été construit.
Le docteur a dit: " Tout va bien, mais on continue le traitement! "
Alors j'ai coiffé mon entonnoir tout neuf et je suis redescendu à l'atelier pour commencer le démontage du moteur.